Caractèrevive d'esprit
solitaire (un peu forcée)
surdouée
hautaine
perfectionniste
matérialiste
sensible
moqueuse
fort sens de la répartie
tendance à (se) rabaisser | ENFJ: cute notes left in people’s lockers, talking a friend through their self confidence issues, cleaning your room at two in the morning, dark thoughts that only slip into your mind late at night, the press of a kiss to your forehead, picking out your clothes the night before, convincing a friend to come dance with you, the hand on your shoulder...
Il y a Kaede d'avant, et celle de maintenant. Entre les deux, juste le bordel. Quand elle était môme, elle était douce. Et studieuse, trop studieuse. Toujours le nez dans les bouquins, toujours en train de s'instruire, d'essayer de comprendre, d'aller au fond des choses. Intarissable, curieuse. Du genre à parler très peu, mais à écouter beaucoup. Elle était de bon conseil, pour peu qu'on s'intéresse à elle. Très mature, raisonnable, en avance sur son âge et sur son temps. Fille prodige, encensée, admirée... par les adultes seulement. Avec ceux de son âge, elle a toujours paru en décalage. Comme venant d'un autre monde, comme pas à sa place.
Le changement a été brutal. Des livres aux nightclubs. De la douceur à la rage. Du silence aux clashs. Elle connaît les mots qui blessent et n'hésitent pas à la prononcer. Sa répartie n'a d'égal que son mal-être intérieur, qui la pousse à être constamment passive agressive, agressive agressive. L'époque où on pouvait lui marcher dessus est révolue. Hautaine, elle étale ses richesses à la vue des autres et s'enorgueillit de ses réussites même lorsque les autres échouent. Détestable, il est difficile de comprendre qui elle est parce qu'elle ne le sait pas non plus.
Ses followers la trouvent poétique ; et poétique, elle l'est surement, sauf qu'elle le cache savamment lorsqu'elle n'est pas derrière son écran. Ils la trouvent jolie, elle prétend que seules les photos sont belles, pas le mannequin, pas elle. Elle manque de confiance en elle ; s'astreint à un mode de vie prétendu sain qui ne mène à rien : alcool, rythme décalé, alcool de nouveau. Ça lui convient, tant que ses notes restent élevées. Son seul besoin, sa seule fierté.
Solitaire malgré elle, douée pour garder les gens biens éloignés, elle rêve de toucher des doigts ce sentiment étrange que renvoient les groupes d'amis dans les films. Cette idée spéciale que quoi qu'on fasse, on sera toujours pardonné. Et peut-être que ça pourrait la sauver. Si elle partageait un morceau de son monde avec son frère, et qu'il partageait un morceau du sien. Oui, très surement, ça suffirait à la sauver. |
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cute notes left in people’s lockers ♡♡♡
Elle a la main comme suspendue dans les airs, à deux doigts du casier, les doigts qui tremblent légèrement. Et elle se trouve un peu idiote, un peu
très idiote, de vouloir à tout prix mettre ce foutu bout de papier dans le casier, juste à côté de la boite de chocolats qu'elle vient d'acheter avec l'argent que sa mère lui a passé pour le déjeuner. Mais c’est la saint valentin, c’est l’occasion, c’est maintenant ou jamais - pas vrai ? Comme ça, personne ne saura qui l’a fait, personne ne mettra un nom sur son visage qui, de toute manière, laisse le monde assez indifférent.
Kaede, elle est là. Juste là. Présente. C’est tout ce qu’on peut dire d’elle. Et aussi un peu
transparente. Elle a ce truc, cette maladie qui fait qu’on ne la remarque pas, elle passe dans les couloirs et aucun regard ne tente de l’accrocher, personne ne se retourne. En classe, elle est cette fille studieuse toujours au premier rang, dont la main se lève plus vite que les poings d’un boxeur. Alors on monte les yeux au ciel quand elle donne encore une bonne réponse.
Comme toujours. Et c’est tout, on se contente de lever les yeux quand elle est là.
Elle le sait, elle ne s’en fait pas, elle ne s’en fait plus. Et cet autre môme, auquel elle dépose une lettre dans le casier, doit à peine savoir qui elle est. Parce qu’elle est la chouchoute des profs, alors on s’en tient éloigné, le plus éloigné possible, un peu comme de la peste ou du choléra. Parce qu’elle est intelligente et acharnée à une époque où ça ne fait pas bon genre, ça n’a aucun intérêt d’être intelligent et acharné avant la fac. Et parce qu’elle n’est pas jolie, aussi. Un corps pas comme il faut, trop grande en avance,
toujours trop en avance, Kaede. Elle dépasse les autres élèves de beaucoup, de trop, on l’appelle la girafe quand elle a le dos tourné et parfois même en face.
talking a friend through their self confidence issues ♡♡♡
«
Tu manges pas ? —
J’ai pas faim, m’man. » Elle a le regard qui s’inquiète chaque fois qu’il se pose sur sa fille qui change. Qui a ce teint indescriptible, celui qu’on les gens malheureux qui restent enfermés trop longtemps. «
Ça te dit qu’on sorte un peu, cet aprem ? —
J’ai des cours à apprendre, m’man. » Elle se demande depuis quand Kaede a autant maigri. Depuis quand elle fait semblant de manger alors qu’elle s’obstine simplement à tracer des lignes incompréhensibles dans son assiette. Et elle se blâme -
c’est un travers que j’lui ai transmis, qu’elle se dit. C’est de ma faute, surement de ma faute. «
D’accord… et avec ce garçon qui te plaisait, des nouvelles ? Celui du casier ? » Un simple haussement d’épaule. Les dents serrées pour ne pas se mettre à chialer. «
Tu peux pas comprendre. T’as toujours tout eu. » En temps normal c’est déjà difficile, d’être une fille très moyenne. Mais quand la mère est danseuse et reconnue, c’est encore pire. Comme une médiocrité affichée. Comme l’impression de faire honte à ses parents. «
Pourquoi tu… » Mais elle a déjà quitté la cuisine, comme un courant d’air, elle est déjà repartie s’enfermer avec ses livres.
On apprend rien, dans les livres, on apprend pas à survivre. Juste à se renfermer. Et par la fenêtre les autres sont toujours différents, toujours heureux, ils jouent dans la rue ensemble, se cassent la gueule en vélo, pleurnichent pour un ballon qui vient de bousiller le rétro d’une voiture. Yuta sort beaucoup, lui — il a Noam, il a Mimi, inséparables, indissociables. Et ils font ces trucs que les gosses font, comme sceller des promesses qui tiendront pas mais au moins, ils ont des gens avec qui les sceller.
cleaning your room at two in the morning ☽☽☽
Ça ne sert à rien, ça. Et ça non plus. Une photo de famille, pourquoi faire ? Les objets s’entassent dans la poubelle, s’amoncellent pour ne laisser que du vide. Et Kaede enrage sur des pantalons trop grands pour les autres filles de son âge ; tant pis, dorénavant elle portera des jupes. A la poubelle. Sur le bureau, les appréciations de fin de trimestre des professeurs. Anglais -
Elève vive et appliquée. Sur la bonne voie. Continuez comme ça. Poubelle. Latin -
Langue presque entièrement maitrisée ! Jeune fille très prometteuse, continuez ainsi. D’accord, mais à quoi ça sert d’être prometteuse, au juste ? Poubelle. Littérature -
Réflexion fine et mature, un certain talent pour la poésie. Au diable la poésie - qui lit encore de la poésie, de nos jours ? Poubelle. Tout, poubelle. Les papiers en vrac et les morceaux d’âme et les derniers petits restes d’elle.
Yuta, t’es la porte à côté,
Yuta, j’ai envie de chialer.
dark thoughts that only slip into your mind late at night ☽☽☽
«
T'es toujours aussi ennuyante ? » qu’elle demande d’un air pincé avant de lever les yeux au ciel, les jambes savamment croisées, le haut du corps appuyé nonchalamment sur le dossier de la chaise, comme décontractée. Sa place a changé ; elle a quitté le premier rang pour s’installer dans les derniers, près de la fenêtre. Personne dans son dos ; elle les voit tous, sans exception. Toute la classe à sa merci ; et elle se demande, main manucurée agrippée au thermos de café, comment faire pour les détruire autant qu’ils l’ont détruite. Il a suffit d’une fois, une seule fois, rien qu’une fois de trop. Alors que cette
pute de Min Ah lui avait demandé son classeur de latin, soit disant pour rattraper les cours qu’elle avait manqué. Avant d’arracher toutes les pages, une par une. Il a suffit de ça, juste ça, l’électrochoc ; Kaede témoin d'une énième humiliation avec les yeux embués, Kaede et ses mains crispées, Kaede et sa bouche tremblante de rage, Kaede qui ne savait plus du tout comment être l’élève modèle dans sa jupe bleue plissée.
«
Dégage. » Sa langue claque contre son palais tandis qu’elle pose un regard acide sur la fille qui campe la chaise d’à côté. «
Allez, je t'ai dit de dégager. » Alors l’autre se lève, et va s’asseoir plus loin. Et Kaede ne peut pas s’empêcher de sourire ; c’est si bon d’être enfin vue et entendue, si bon d’être
obéie. Si bon de voir les autres apeurés, parce qu’ils savent qu’elle pourrait s’acharner à les ruiner ; pourrir leur réputation, compromettre leur admission dans une bonne fac. Si intelligente, Kaede - et maintenant être surdouée lui sert à quelque chose, lui sert à
faire payer.
the press of a kiss to your forehead
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Il toque, c’est comme ça qu’elle sait que c’est lui. Il toque juste une fois. Alors que Yuta s’acharne sur le battant lorsqu’il a quelque chose à dire. Alors que sa mère se contente de demander :
Kaede, tu m’ouvres ? comme si elle n’avait pas de main pour le faire elle-même. «
Entre, p’pa. » La porte grince, elle quitte son bouquin des yeux pour se heurter à ceux de son père. Il a un plateau dans les mains ; le pose sur le lit, puis le pousse vers elle. Carottes râpées, blanc de poulet. Elle se demande si elle peut se le permettre ; il s’assoit comme pour dire qu’il ne partira pas tant qu’elle n’y aura pas touché ; et elle sait qu’il est patient, son père, qu’il n’en démord pas quand il a quelque chose en tête. «
J’ai pas faim. » Aucune réponse. «
Ok… » Elle capitule, glisse un marque-page dans son bouquin (Yuta le lui a offert, il est gravé d’inscriptions latines comme elle les aime) puis se saisit de la fourchette. Le silence s’empare d’eux plusieurs minutes avant qu’elle n’ose dire : «
J’sais pas si j’aime ce que j'suis en train de devenir. » Y’a des larmes dans les carottes, elle se sent idiote. Alors il la prend contre lui, l’embrasse sur le front, murmure : «
Tu s’ras toujours ma fille. » et elle se sent mieux, un peu.
picking out your clothes the night before ☽☽☽
«
Tu restes pas ? » Elle pose un regard glacé sur lui, encore enroulé dans la couette, avec ses cheveux emmêlés de mec qui vient de se réveiller. «
Non. —
Pourquoi ? » Yeux au ciel, bouche pincée dans un rictus désapprobateur, elle casse : «
T’en as pas marre de toujours poser des questions ? » Plusieurs années qu’ils connaissent, plusieurs années que le conflit les oppose. Le mot dans le casier, puis l’humiliation publique lorsqu’il a compris que c’était elle, et qu’il a violemment refusé de lui laisser sa chance. Des mots durs de sa part, à lui ; des larmes de sa part, à elle. Et puis le rapport de force a changé ; il s’est adouci en grandissant là où elle s’est endurcie. «
Hein, pourquoi ? —
Parce que t’es qu’un con, j’reste pas avec les cons. » Elle ramasse ses affaires dans des gestes maladroits et précipités tandis qu’il s’obstine : «
C’est pas ce que t’as dit la nuit dernière. » Il a de l’espoir dans les yeux, l’espoir qu’elle reste toute la matinée, qu’ils fassent comme les couples récents font, un petit déjeuner au lit et ce genre de conneries. L’espoir qu’elle réitère les promesses qu’elle lui a fait pendant la nuit, aussi. Mais à la place, elle enfile ses chaussures et achève : «
La nuit dernière, j’étais bourrée. Et toi t’étais nu. Ça compte pas. » Ils se sont quittés là-dessus.
Ça compte pas (si).
convincing a friend to come dance with you ♡♡♡
«
Félicitations pour l’obtention de ton diplôme ! » La musique bat son plein, un punch ultra
cheap et trop peu chargé en alcool circule parmi les étudiants. Tous fêtent la fin de lycée, l’obtention du sunyeung, ce putain de papier qu’ils se sont tués à gagner. Des heures passées à ne pas dormir, des pilules pour tenir le rythme, les muscles ankylosés pas la fatigue, la concentration et les médicaments combinés.
Et maintenant ils sont là, à danser dans cette salle de fête minable dans des robes minables. Et Kaede, dans sa robe de marque qu’elle exhibe fièrement, traine son sarcasme entre les rangs de tous ses anciens bourreaux qui s’écartent à présent sur son passage. «
Deux ans d’avance… c’est… enfin… bien joué. » L’inconnue commence à se sentir mal à l’aise face au manque de réaction de la concernée.
Deux ans d’avance, bien sur qu’elle a deux ans d’avance, bien sur qu’elle a sauté deux classes. Elle prend un air offensé avant de demander avec dédain : «
Tu es… ? » Et l’autre de répondre, toujours aussi gênée : «
Amy. —
Laisse moi deviner, t'es pas d'ici, Amy ? » (Sinon tu m’aurais pas approchée). Amy fait non de la tête, Kaede laisse échapper un rire moqueur avant de se détourner, l’air d’avoir des choses plus importantes à regarder que la nouvelle venue. Mais la parade ne trompe personne : elle est seule, toujours aussi seule. Seul le fondement a changé ; à présent elle ne se laisse plus faire, à présent elle s’illustre par son répondant et sa rage. «
Tu veux danser ? » Surprise, Kaede se retourne subitement vers son interlocutrice. Les lumières dessinent des ombres sur son visage, embellissent ses yeux profonds. Et Kaede se surprend à vouloir l’aimer. Vouloir lui faire confiance. Faire d’elle une amie, la première vraie amie, peut-être la seule véritable. Celle a qui l’on envoie des messages dès le matin pour dire bonjour. Celle qu’on appelle lorsqu’on a l’impression de n’avoir plus nul part où aller. Celle avec qui on achète des vestes qui matchent. Celle avec qui on danse dans les bals de fin d’année hyper nuls. «
J’sais pas danser… —
C’est pas grave, on pourra faire comme si. —
Ok. »
Ok. the hand on your shoulder
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Il tambourine à la porte si fort qu’elle craint un instant que le battant ne s’effondre. Sale frère. «
Grouille ou on part sans toi. —
Vous avez pas intérêt. » Et tout en proférant sa menace, elle ne peut pas s’empêcher de sourire. Parce qu’il l’a invitée. Parce qu’il a pensé à elle. Elle croise Noam qui se brosse les dents dans la salle de bain, dit bonjour. Croise Kwon dans la cuisine, dit salut. Puis ils montent tous dans la voiture et tandis qu’ils roulent, elle a cette impression tout à fait inattendue de faire partie d’un petit quelque chose, d’un genre de tout. Elle sait pourtant qu’elle s’est greffée sur le tard, elle sait que c’est le groupe de son frangin, pas le sien. Mais Kwon San lui parle. Noam fait des blagues. Yuta menace de la laisser sur le bord de la route, ce qui correspond à un temps de paix pour eux. Ouais, y’a Yuta qui menace de la laisser sur le bord de la route, mais ça sonne bien parce qu’au moins, il est là.